Trente ans d’une vibrante correspondance entre l’essayiste et éditeur Albert Béguin et la romancière Raymonde Vincent

« Nous vivons côte à côte d’une existence toute mêlée. Correspondance 1927-1957 », d’Albert Béguin et Raymonde Vincent, édité par Renan Prévot, Le Passeur, 868 p., 25 €, numérique 15 €.

Moins tango ou salsa que valse-caprice, la littérature est parfois un pas de deux où chacun mène sa propre danse sans troubler la cadence de son vis-à-vis. Starisés, les duos Beauvoir-Sartre, Aragon-Elsa, plus tandems que couples, en ont fait une religion intime, parfois un fonds de commerce. Moins célèbre, voire oublié, le duo formé trente ans durant par l’historien et essayiste littéraire Albert Béguin (1901-1957) et la romancière Raymonde Vincent (1908-1985) mérite également, et hautement, sa place au « mariologe » littéraire. Ce que nous démontre, huit cents pages durant, la vibrante correspondance fleuve que vient de publier, avec un soin certain et une énergie de buffle, Renan Prévot aux éditions Le Passeur, sous le titre Nous vivons côte à côte d’une existence toute mêlée.

Lui, Béguin, est une figure majeure, aujourd’hui scandaleusement dédaignée, de l’histoire intellectuelle francophone : fils d’un pharmacien athée de La Chaux-de-Fonds (Suisse), auteur, en 1937, d’une thèse qui fit époque, L’Ame romantique et le rêve (José Corti, 1939), d’essais sur Nerval, Bloy et Péguy, il incarne, avec Les Cahiers du Rhône, la résistance spirituelle pendant l’Occupation, prenant, en 1950, à la mort d’Emmanuel Mounier, la direction d’Esprit et se faisant, avant qu’une crise cardiaque ne le fauche, le thuriféraire de Georges Bernanos (en témoigne, d’ailleurs une série de lettres uniques sur la vie familiale de l’écrivain). Berrichonne aux épaules d’Atlante, en rupture de paysannerie catholique (un monde qu’elle évoquera dans Campagne, prix Femina 1937, rééd. Le Passeur, 2023), Raymonde Vincent monte à Paris ses 17 ans sonnés, y vit d’aventures comme modèle (notamment de Giacometti) et muse d’un soir aux terrasses de Montparnasse.

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