“Ces Français ont cru à l’utopie nazie” : les révélations d’un documentaire sur les ultras de la collaboration

Combien furent-ils ? 10 000 au bas mot. 30 000 selon les estimations hautes (sur 40 millions d’habitants que comptait la France en 1940)… Ces Français ont revêtu l’uniforme allemand pour “combattre le bolchevisme” et “édifier l’Europe nouvelle”. On ne savait pas grand-chose sur leur engagement. Et le peu que l’on savait, ce sont eux qui l’ont raconté. Du “Chagrin et la pitié” (1971), le film de Max Olphüs, avait surgi le personnage de Christian de la Mazière, engagé dans la Waffen-SS à l’été 1944 avant de devenir, après-guerre, l’imprésario de Dalida.

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Né en 1986, l’auteur et réalisateur Jean Bulot a enquêté sur ceux que l’on a longtemps présentés comme des “soldats perdus”. Ce travail minutieux et patient lui a inspiré un documentaire en deux parties pour Arte, “Les soldats français du Reich”, et une série sur France Culture, “Les ultras de la collaboration”, aussi édifiants l’un que l’autre. De la Légion des volontaires français (LVF) aux Waffen-SS, en passant par la Milice et les auxiliaires de la Gestapo, Jean Bulot explore cette marge de la collaboration qui a pris de plus en plus d’importance au fil de la guerre. Archives inédites à l’appui, il documente leurs motivations idéologiques, leurs crimes sur le front de l’Est et sur le sol français, et leur existence après la guerre jusque dans les années quatre-vingt. Sans jamais renier leurs idées. Le travail de Jean Bulot éclaire ces ultras de la collaboration sous une lumière plus crue que le film, à voir aussi, de Xavier Giannoli sur le journaliste Jean Luchaire, “Les rayons et les ombres”, avec Jean Dujardin. “Par sa place, sa fonction, son cercle d’amis, Jean Luchaire ne pouvait pas ignorer les rafles mais aussi les crimes à l’Est”, estime Jean Bulot. Le film de Xavier Giannoli a déjà franchi le demi-million de spectateurs.

L’Express : Qui désignez-vous derrière cette notion d’ultras de la collaboration ?

Jean Bulot : L’occupation s’est longtemps résumée à trois figures : les prisonniers de 40, les résistants et les collaborateurs de Vichy. Mais d’autres Français ont cru à l’utopie nazie jusqu’à en porter l’uniforme et les armes, aux côtés des Allemands, sur le front de l’Est et en France. Ils sont restés un bon moment sous les radars.

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