Comment réussir à doter l’humanité d’un vaccin contre n’importe quelle maladie infectieuse émergente en moins de 100 jours ? La pandémie de Covid-19 a montré à quel point il était urgent de réussir à répondre à cette question. Pour atteindre cet objectif, les gouvernements de 36 pays, plus la Commission européenne et dix grandes structures philanthropiques, investissent dans les travaux d’une organisation internationale méconnue mais essentielle : la Cepi, la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies. Créée en réaction à l’épidémie d’Ebola en 2017, elle a largement contribué à la mise au point des vaccins contre le Covid. A l’occasion du lancement de sa nouvelle stratégie 2027-2031, Aurélia Nguyen, sa directrice générale adjointe, revient sur les nouveaux risques posés par l’intelligence artificielle et l’arsenal vaccinal en cours de constitution, mais aussi sur les incertitudes liées au positionnement de l’administration Trump et les partenariats noués avec la France. Entretien.
L’Express : Dans son nouveau plan stratégique, la Cepi met en avant l’intérêt de l’intelligence artificielle dans la lutte contre les pandémies, mais aussi les risques que cette technologie ferait peser en matière de biosécurité. Qu’en est-il concrètement ?
Aurélia Nguyen : Pour bien comprendre notre approche, il faut d’abord rappeler que les maladies infectieuses nous menacent de trois façons. D’abord, bien sûr, en cas d’émergence naturelle d’un nouvel agent pathogène — c’est le risque le plus fréquent, lié au réchauffement climatique, aux déplacements de populations et à la pression humaine sur les écosystèmes. Ensuite, un accident de laboratoire est toujours envisageable, car quand des humains manipulent des microbes, il peut toujours y avoir des erreurs. Enfin, la possibilité d’un acte délibéré, malveillant, ne doit pas être écartée.
L’intelligence artificielle s’inscrit dans ces trois dimensions. Du côté des applications positives, elle transforme notre capacité à concevoir des vaccins : en analysant des bases de données génomiques, elle permet d’identifier bien plus vite les meilleures cibles antigéniques, de tester des dizaines de variantes, d’optimiser la réponse immunitaire et de réduire les effets secondaires. Notre prochaine stratégie, qui court de 2027 à 2031, inclut une initiative dédiée que nous appelons le Pandemic Preparedness Engine. Il s’agit d’un système qui utilisera l’IA à chaque étape : surveillance épidémique, anticipation des prochaines émergences, conception vaccinale, mise en place des essais cliniques, validation réglementaire…
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