Groenland : les Etats-Unis préparent leur retour militaire sur l’île

Les Etats-Unis n’en ont pas fini avec le Groenland. Selon le New York Times, le Pentagone est en pourparlers avec le Danemark pour obtenir l’accès à trois zones supplémentaires sur l’île arctique, dont deux avaient été abandonnées depuis des décennies. Une première expansion sur place depuis la Guerre froide, qui souligne la montée en puissance stratégique de l’Arctique pour Washington, interprète le quotidien américain. Pour l’instant, Copenhague n’a pas réagi aux révélations de ce dernier.

Le général Gregory M. Guillot, à la tête du Commandement Nord des États-Unis, a affirmé mi-mars lors d’une audition au Congrès que l’armée américaine cherchait “ un accès accru à différentes bases au Groenland, compte tenu de la menace croissante”. Cité par le NYT, il a estimé alors que le développement de ports et d’aérodromes offrirait “ plus d’options à notre secrétaire et au président, si nous en avons besoin dans l’Arctique ”. Parmi les sites qui retiennent l’attention des responsables militaires américains figurent Narsarsuaq, au sud du Groenland, doté d’un port en eau profonde stratégique, et Kangerlussuaq, au sud-ouest, équipé d’une longue piste capable d’accueillir des avions-cargos de grande taille.

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Cette perspective suscite des inquiétudes parmi les Groenlandais. En janvier 2026 déjà, plusieurs milliers de manifestants s’étaient rassemblés à Copenhague, au Danemark, mais aussi à Nuuk, capitale du Groenland, pour dénoncer les ambitions territoriales de l’ex-magnat de l’immobilier. Le territoire semi-autonome, qui fait partie du royaume danois depuis plus de 300 ans, se retrouve au cœur d’une délicate négociation diplomatique. A noter que le président Donald Trump avait déjà suscité une crise en 2019 en affirmant vouloir acquérir le Groenland, allant jusqu’à menacer d’utiliser la force avant de renoncer en janvier 2026.

Un accord de 1951 donne quasiment carte blanche aux Américains

Aujourd’hui, les responsables américains s’appuient donc sur le pacte de défense conclu entre le Danemark et les États-Unis en 1951. “Nous n’avons pas vraiment besoin d’un nouveau traité. Il est très complet et, franchement, très favorable à nos opérations, actuelles ou potentielles, au Groenland”, a assuré le général Guillot. L’accord de défense a été révisé en 2004 pour intégrer le gouvernement semi-autonome du Groenland, lui accordant ainsi un droit de regard sur les conséquences des opérations militaires américaines pour la population locale.

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De son côté, le Danemark dispose de peu de marge de manœuvre pour s’opposer à l’extension, même si la confiance entre alliés a été ébranlée. “Ils ont été des partenaires extrêmement coopératifs”, promet le général Guillot. Ulrik Pram Gad, chercheur principal à l’Institut danois d’études internationales, note auprès du New York Times qu’” en principe, le Danemark et le Groenland peuvent dire non aux États-Unis, mais en pratique, on ne le fait jamais. Car sinon, les États-Unis pourraient présenter le contrôle de l’île par le Danemark et le Groenland comme une menace pour leur sécurité et prétendre qu’ils devraient en prendre le contrôle eux-mêmes”.

Une seule base en activité

Pour l’instant, les contours de cette expansion militaire restent flous et le nombre exact de militaires américains qui pourraient être déployés n’est pas précisé. Lors de la Seconde Guerre mondiale, alors que le Danemark était sous occupation nazie, les États-Unis ont pris en charge la défense du Groenland, y déployant des milliers de soldats et ouvrant plus d’une douzaine de bases, dont certaines sont restées opérationnelles pendant la Guerre froide. “Actuellement, seule une base demeure en activité : une installation de défense antimissile isolée, abritant quelques centaines de personnes”, précise le New York Times.

Alors que le monde surveille de près la guerre en Iran, l’Arctique redevient silencieusement un terrain de jeu stratégique pour Washington. Entre ambitions militaires et enjeux géopolitiques.

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