OPINION. « Une paix est-elle envisageable dans les négociations entre Téhéran et Washington ? »

Il est largement admis que la société iranienne aspire à davantage de liberté et de stabilité, la question demeure : les dynamiques actuelles peuvent-elles réellement conduire à une désescalade durable ? En revanche, certains cercles du pouvoir tirent, à des degrés divers, profit de la guerre, qu’ils utilisent comme un levier pour préserver la cohésion du régime et comme un rempart face à d’éventuels soulèvements.

Par Hamid Enayat politologue, spécialiste de l’Iran

Aujourd’hui, la population iranienne est soumise à une double pression. D’un côté, une répression interne exercée par les forces de sécurité, les Gardiens de la révolution et le ministère du Renseignement, marquée par des arrestations massives. Le mardi 24 mars, le porte-parole de la police a annoncé la mise en place de 1 463 points de contrôle à travers le pays — un indicateur d’un climat d’exception et d’une forte inquiétude au sein du pouvoir. Il a également précisé que près de 15 000 patrouilles, motorisées ou automobiles, sont déployées en permanence et que plus de 129 000 agents sont présents dans les rues jour et nuit.

De l’autre côté, la population est confrontée à la menace quotidienne des bombardements. Ceux-ci ne ciblent pas uniquement les responsables du régime ou les forces armées, mais exposent également les civils. Selon certaines informations Une frappe aurait notamment coûté la vie à plus de 170 écolières, illustrant la vulnérabilité des populations. Au-delà des pertes humaines, ces événements laissent des traumatismes profonds, en particulier chez les enfants.

L’expérience historique

Au cours des quatre dernières décennies, le régime iranien a souvent utilisé les négociations comme un moyen de gagner du temps et de consolider sa position. L’accord de 2015 en constitue un exemple marquant : loin de mettre un terme au programme nucléaire, il a été suivi d’avancées significatives.

Même confronté à la perspective d’un conflit, le pouvoir iranien n’a pas consenti à des concessions majeures, notamment sur l’enrichissement nucléaire ou le développement de missiles. Une telle inflexion aurait pu fragiliser la cohésion interne du régime — une contrainte encore plus forte dans la perspective d’une succession au sommet de l’État.

Par ailleurs, les autorités iraniennes évitent d’employer ouvertement le terme de « négociation » avec les États-Unis, lui préférant celui d’« échanges de messages », révélateur des contraintes politiques et idéologiques qui encadrent toute démarche diplomatique.

Newsletter

Ma Tribune

L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Le régime redoute également toute fissure au sein de son noyau dur — composé notamment des forces de sécurité et des appareils de renseignement — dans un contexte de fragilité accrue.

Dans ces conditions, il demeure difficile d’anticiper les arbitrages du régime entre impératifs de survie et maintien de ses programmes stratégiques. Si des ajustements peuvent être envisagés sur certains volets, un abandon complet de ses capacités, notamment dans le domaine balistique ou de ses relais régionaux, paraît peu probable.

La paix passe-t-elle par un changement interne ?

La possibilité d’une paix durable semble étroitement liée à des évolutions internes, notamment en matière de libertés et de gouvernance. Or, l’expérience montre que le régime iranien ne se transforme pas sous l’effet des bombardements extérieurs. Une évolution durable suppose des dynamiques internes, portées par la société iranienne elle-même.

Dans cette perspective, de nombreux observateurs estiment que l’avenir de l’Iran doit avant tout être déterminé par ses propres citoyens. Sans transformation interne, une paix durable au Moyen-Orient reste difficilement envisageable.

Le fonctionnement du régime — marqué par une incapacité à répondre aux besoins économiques et sociaux — s’accompagne d’un double recours : à la répression intérieure et à la projection de tensions à l’extérieur. Ce schéma s’est répété de manière constante au fil des dernières décennies.

Quel rôle pour les pays occidentaux ?

Le rôle des pays occidentaux ne se limite pas à une intervention militaire. Il consiste à reconnaître les dynamiques internes de la société iranienne et le droit de ses citoyens à déterminer leur avenir.

Dans ce contexte, certains analystes estiment que le soutien aux acteurs internes porteurs de changement pourrait avoir un impact plus significatif que la seule pression extérieure, en renforçant les dynamiques de transformation au sein du pays. 

Source link

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *