Essence et gazole : les prix des carburants battent des records, le gouvernement ne cède pas

Porté par les tensions au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz, le prix du gazole atteint son record depuis 1985 à 2,24 €/L, tandis que le SP95-E10 franchit la barre des 2 €. Face à la grogne, le gouvernement exclut, pour le moment, toute baisse de taxe, privilégiant l’électrification.

C’était du jamais-vu depuis les années 1980. Le prix du litre de gazole a atteint un record absolu depuis 1985 en moyenne hebdomadaire la semaine dernière. C’est plus que les sommets enregistrés en 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Mardi, le gazole se vendait à 2,24 euros le litre en moyenne.

Ce mercredi, c’est au tour du SP95-E10, l’essence la plus consommée, d’atteindre les 2 euros le litre dans l’Hexagone, selon les chiffres de l’AFP. Il a pris 28 centimes, soit un bond de 16,26 %, depuis le 27 février. Cette situation découle directement de la guerre au Moyen-Orient et du blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran. Ce point stratégique voit passer près de 20 % de l’or noir mondial.

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« Il n’y a aucun risque de rupture d’approvisionnement à l’heure où on se parle. Je rappelle qu’on a toujours nos stocks stratégiques [de pétrole] », a tout de même tenté de rassurer la ministre déléguée à l’Énergie et porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, ce mercredi sur TF1.

Réunion du gouvernement mercredi

Si les automobilistes tirent une grimace au moment de faire le plein, les professionnels ont commencé à faire entendre leur colère. Des mobilisations ont lieu cette semaine pour protester contre la hausse des prix et demander des aides du gouvernement. Dans le centre-ville de Toulouse, plusieurs dizaines de camions et ambulances mènent mercredi matin une opération escargot. Une action similaire a été suspendue à Rennes. Une quarantaine de poids lourds étaient également positionnés dans le Var au niveau d’un péage à hauteur de Fréjus.

Dans ce contexte tendu, le gouvernement tient une réunion ce mercredi. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a indiqué vouloir utiliser certaines des recettes fiscales supplémentaires liées à la flambée des prix pour électrifier l’économie. Il a ainsi donné « instruction » à ses ministres d’identifier les actions prioritaires en ce sens afin de moins dépendre des hydrocarbures importés.

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Contraint à la discipline budgétaire pour maintenir le déficit, l’exécutif refuse de baisser les taxes sur les carburants. Une mesure réclamée par le Rassemblement national jugée trop onéreuse. À droite, le chef des députés LR Laurent Wauquiez s’est exprimé sur France 2. Il réclame que le surplus de recettes fiscales — qu’il évalue entre 2 et 3 milliards d’euros — soit restitué aux automobilistes via une baisse de taxes. À gauche, LFI réclame le blocage des prix, comme le Parti communiste. Le Parti socialiste demande de son côté « des mesures ciblées sur les ménages les plus vulnérables ».

Afin de pallier les difficultés de trésorerie des secteurs les plus touchés – pêche, agriculture, transports –, le gouvernement a seulement concédé des aides « ciblées », éventuellement reconductibles, représentant au total près de 70 millions d’euros mensuels. Par ailleurs, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, est aussi chargé de mettre en place, dans les prochaines semaines, une offre de location de véhicules électriques « dédiée à certaines professions » qui utilisent beaucoup leur voiture pour aller travailler, comme les infirmiers libéraux ou les aides-soignants.

Vers un retrait des Américains en Iran ?

L’espoir d’une accalmie des prix se tourne désormais vers une désescalade du conflit. Dans un nouveau revirement, Donald Trump a affirmé mardi que les États-Unis quitteraient l’Iran « très bientôt », dans « deux ou trois semaines ». Et ce, peu importe qu’un accord soit conclu. Le président américain compte d’ailleurs s’adresser à son pays ce soir à 21 heures (03 heures en France jeudi) au sujet de l’Iran.

Il n’en fallait pas plus pour que les prix du pétrole s’orientent à la baisse. Référence mondiale du brut, le pétrole brent de la mer du Nord reculait de 3,63 %, à 100,20 dollars (94,18 euros) le baril, à 10 h 00, heure de Paris. Son équivalent américain, le WTI, se repliait de 4 %, à 97,32 dollars (91,47 euros) le baril.

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Mais un retrait des États-Unis pourrait-il permettre de retrouver une situation similaire à celle d’avant le conflit ? Sûrement pas. Une commission parlementaire iranienne a approuvé un projet visant à imposer des droits de passage aux navires transitant par le détroit stratégique d’Ormuz, ont rapporté lundi des médias d’État. Ce projet inclut en outre « l’interdiction de passage pour les Américains et le régime sioniste » (Israël), ainsi qu’une interdiction pour d’autres pays imposant des sanctions à l’encontre de l’Iran. De quoi perturber encore le trafic maritime. Il faudra également du temps pour rétablir et garantir la sécurité du transport dans le détroit.

Les inquiétudes et la flambée des prix ne touchent pas seulement la France. Aux États-Unis, le gallon (3,78 litres) dépasse les 4 dollars soit environ 1 euro le litre, un plus haut depuis 2022. En Australie, le Premier ministre du pays, Anthony Albanese, a mis en garde ce mercredi ses compatriotes. « Les mois à venir pourraient ne pas être faciles. Je tiens à être franc là-dessus. Aucun gouvernement ne peut promettre d’éliminer les pressions que cette guerre provoque », a-t-il affirmé lors d’une rare allocution diffusée sur plusieurs chaînes de télévision.

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