Le surplus de taxes perçu par l’Etat sur les carburants dans le cadre de la hausse des prix « ne se compte pas en milliards » d’euros, a affirmé la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, mercredi 1er avril. La suggestion du premier ministre, Sébastien Lecornu, d’utiliser les recettes fiscales supplémentaires liées à la flambée des prix des carburants pour électrifier l’économie a immédiatement provoqué des critiques au sein de l’opposition.
« L’augmentation des recettes issues de la TVA [taxe sur la valeur ajoutée] induite par l’augmentation du prix à la pompe est compensée négativement, donc à la baisse, par la baisse de la consommation, par la baisse de croissance et par l’augmentation des taux » d’intérêt, a ainsi estimé Maud Bregeon lors d’un point-presse, assurant qu’« il n’y a pas de cagnotte ».
Marine Le Pen, la présidente du groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale, a rapidement réagi en dénonçant des « mensonges » du gouvernement. « Quand on a dit qu’il ne fallait pas que l’Etat profite de la crise, le premier ministre et l’ensemble des ministres nous ont expliqué qu’il n’y avait pas de recettes fiscales supplémentaires », a-t-elle souligné à des journalistes, en marge d’une visite au salon Global Industrie, à Villepinte (Seine-Saint-Denis).
Le président des députés Les Républicains, Laurent Wauquiez, avait assuré, un peu plus tôt, qu’il évaluait ce surplus « entre 2 et 3 milliards » d’euros depuis le début de la crise, souhaitant qu’il soit « redonné aux automobilistes sous forme de baisse de taxes ».
« Il n’y a pas de cagnotte quand on a un déficit à 5,1 % du PIB »
Le gouvernement a donc rapidement démenti. « Quand on parle de milliards d’euros aujourd’hui, c’est surtout des milliards d’euros en moins pour le budget de l’Etat », a soutenu le ministre de l’action et des comptes publics, David Amiel, citant « les plusieurs milliards d’euros que coûtera ne serait-ce que la remontée des taux d’intérêt ».
« Nous ne pouvons pas verser une pluie de milliards d’euros chaque année dont nous n’avons pas le début d’un centime (…). Le premier ministre a été extrêmement clair : il n’y a pas de cagnotte quand on a un déficit à 5,1 % du PIB [produit intérieur brut] », a insisté M. Amiel. Contraint à la discipline budgétaire pour maintenir le déficit à 5 % cette année, l’exécutif refuse de baisser les taxes sur les carburants, jugeant la mesure trop onéreuse.
« S’ils n’ont aucune idée d’économies pour pouvoir financer cette mesure, qu’ils nous laissent la place », a avancé l’ex-patronne du RN ; elle a pointé une augmentation de 6 milliards d’euros de la contribution française à l’Union européenne pour 2026, une somme qui, selon elle, correspond à « la moitié de ce que coûterait la baisse non seulement de la TVA de 20 % à 5,5 %, mais également la baisse de la taxe sur les carburants », deux mesures réclamées par le RN.
Des mesures d’économies si le conflit se prolonge
Matignon avait annoncé, plus tôt dans la matinée, que le M. Lecornu avait donné « instruction » à M. Amiel « de travailler à une affectation des éventuels surplus de recettes fiscales liés à la hausse du prix des carburants pour financer les mesures prioritaires du plan d’électrification », selon le texte de ces instructions. Les retours des ministres sont attendus d’ici au 8 avril.
Dans le cadre de la préparation du budget pour 2027, le gouvernement réunira le 21 avril les forces politiques, les partenaires sociaux, les représentants des organisations professionnelles et les représentants d’élus locaux. Il s’agira d’établir « un bilan exhaustif des premières remontées » et « les scénarios et leurs impacts sur la situation économique et sur la situation des finances publiques », selon Mme Bregeon.
En cas de prolongation du conflit et de difficultés d’approvisionnement en carburant, le gouvernement sera prêt à prendre des mesures d’économies d’énergie, a-t-elle aussi affirmé, sans préciser ces mesures.
