Guerre en Iran : l’Italie prend le risque de dire non à Donald Trump

L’épisode pourrait laisser des traces dans la relation entre Rome et Washington. Depuis le début de semaine, les médias italiens rapportent que plusieurs bombardiers américains n’ont pas obtenu l’autorisation d’atterrir sur la base de Sigonella, en Sicile. Les pilotes de ces appareils, transportant des armes destinées à être employées au Moyen-Orient, comptaient rejoindre ce site géré de manière conjointe par l’armée de l’air italienne et la marine américaine. Les États-Unis sont présents sur plusieurs autres bases du pays. “Certains tentent de faire croire que l’Italie a décidé de suspendre l’utilisation des bases par les forces américaines”, a réagi, sur le réseau social X, le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto. “C’est tout simplement faux, car les bases sont opérationnelles et rien n’a changé.”

L’approbation du Parlement italien nécessaire

Dans ces conditions, pourquoi ces avions américains n’ont-ils pas été acceptés sur le sol italien ? En réalité, cette décision est liée à des accords signés entre les deux pays dans les années 50 en matière de défense. Ils prévoient que des appareils américains sont libres d’atterrir sur l’une des bases situées dans la péninsule, mais seulement dans le cadre d’entraînement ou pour des raisons logistiques. Or, ici, les bombardiers transportaient des armes destinées à être utilisées par l’armée dans sa guerre contre l’Iran. Un cas de figure mentionné dans ces traités, mais qui octroie à Washington une marge de manœuvre limitée en la matière. En effet, sauf urgence, le transport de munitions américaines via l’un de ces sites militaires doit être approuvé par le Parlement italien. Sans ce feu vert, l’accès aux pistes italiennes ne peut donc pas être autorisé.

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Problème : cette fois-ci, certains des avions américains ont demandé de pouvoir se poser à Sigonella… alors qu’ils étaient déjà en plein vol. Impossible, dans un délai si court, de pouvoir organiser une séance parlementaire sur la question afin de valider cette requête. “Les accords internationaux réglementent et distinguent clairement ce qui requiert une autorisation gouvernementale spécifique – pour laquelle il a été décidé d’associer systématiquement le Parlement, sans quoi aucune concession n’est possible – et ce qui est considéré comme techniquement autorisé, car inclus dans les accords”, a poursuivi Guido Crosetto, toujours sur X. “Un ministre doit simplement les faire appliquer. Il n’y a pas de troisième voie.”

Giorgia Meloni sur une ligne de crête

Ces dernières heures, l’information met la Première ministre du pays, Giorgia Meloni, dans une position inconfortable vis-à-vis d’un de ses principaux alliés, Donald Trump. La responsable d’extrême droite est sur une ligne de crête pour maintenir les liens avec le républicain. Certes, elle a affiché son désaccord avec des frappes israélo-américaines réalisées en Iran “en dehors du cadre du droit international” et peu soutenues de façon générale par les Italiens. Mais, dans le même temps, pas question pour elle de renoncer à sa proximité avec la Maison-Blanche, dans un contexte où le président américain ne cesse de pointer du doigt le manque d’appui de ses partenaires européens dans la guerre au Moyen-Orient.

Pour justifier la décision de ne pas laisser atterrir les avions américains à Sigonella, le bureau de Giorgia Meloni a ainsi fait savoir que ce refus avait été prononcé “en pleine conformité avec les accords internationaux existants”. Surtout, l’entourage de la Première ministre s’est senti obligé d’assurer que les relations de Rome et de Washington demeuraient “solides et fondées sur une coopération pleine et entière”. Suffisant pour éviter une attaque publique de Donald Trump ? Pour le moment, l’Italie n’a pas été visée par le dirigeant américain lors de ses nombreuses piques distillées au fil de ses interventions devant la presse ou sur sa plateforme Truth Social.

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C’est justement sur son propre réseau social que Donald Trump a accusé la France, mardi, de s’être montrée “très peu coopérative” avec les États-Unis dans leur guerre contre l’Iran. Avant de réitérer ses invectives, quelques heures plus tard : “Nous partirons très bientôt. Et si la France ou un autre pays veut avoir son pétrole ou son gaz, ils iront tout droit dans le détroit d’Ormuz (NDLR : toujours partiellement bloqué par le régime des mollahs) et ils se débrouilleront seuls. Je pense que ce sera un endroit très sûr en réalité, mais nous n’avons rien à voir avec ça.” Espagne, Royaume-Uni… Depuis le début du conflit, plusieurs États européens ont subi l’ire de Donald Trump, qui estime n’être pas assez soutenu dans son intervention au Moyen-Orient. “Pourquoi serions-nous là pour eux s’ils ne sont pas là pour nous ?”, a-t-il ainsi lancé, fin mars, en référence aux membres de l’Otan.

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