OPINION. « Prix des carburants : pour le moment le gouvernement tient bon, pourvu que ça dure »

Au bout de ces quatre semaines de conflit qui opposent les USA et Israël à l’Iran, il n’y a aucune certitude sur une fin rapide du conflit et une reprise de l’offre de pétrole et de gaz. Il n’y a donc aucune certitude sur la durée de la période de prix élevés de l’énergie.

Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l’ESSEC

Lors du précédent choc énergétique de 2022 lié à l’invasion de l’Ukraine la plupart des pays avaient mené des politiques de protection des consommateurs aussi couteuses pour les finances publiques que peu efficaces économiquement. Pour l’UE, la facture s’est montée à 500 milliards selon le Wall Street Journal et à 651 milliards selon le Financial Times en incluant le Royaume-Unis et la Norvège.

Instruits de la tendance mécanique des gouvernements depuis le COVID à protéger les populations des chocs externes « quoi qu’il en coûte », les marchés financiers anticipent que les poulaillers gouvernementaux vont de nouveau caqueter et déverser des sommes colossales pour amortir le choc sur les ménages de l’augmentation des prix de l’énergie.

De fait, la course au déficit le plus abyssal est déjà bien lancé. En Europe, l’Espagne a un plan de dépenses de 5 milliards d’euros et l’Italie un plan provisoire de 417 millions d’euros. Sans surprise, les taux d’intérêt sur la dette italienne et espagnole s’envolent. Pour l’Italie il est à 4,14% ce qui est historiquement très élevé. Le taux allemand augmente lui-aussi mais dans un processus normal de prise en compte des déficits à venir avec leur engagement à renforcer les dépenses militaires. A part des piaillements de ministre appelant à taxer les surprofits des firmes énergétiques, il n’y a pas de grand plan de dépense sur la table

La divine surprise est venue de la France qui, pour le moment, résiste à la tentation du « quoi qu’il en coute » électoraliste. Le gouvernement Lecornu ne compte pas limiter la hausse de prix des carburants par des mesures administratives ni baisser les taxes gouvernementales. En revanche, il compte protéger les secteurs exposés à un risque de faillite, essentiellement les transporteurs routiers, les pécheurs et les agriculteurs pour une facture modeste de 70 millions. Nous ne pouvons que nous réjouir du retour du gouvernement non seulement au bon sens économique mais également au courage politique. 

Certes l’augmentation des prix de l’énergie va peser sur le pouvoir d’achat des ménages et va diminuer la rentabilité des entreprises à forte consommation d’énergie. Cependant il y a une pénurie, espérons-la temporaire, de carburant du fait de la situation géopolitique. Il est bon que cette rareté se reflète dans la hausse du prix de façon à inciter tous les utilisateurs à réduire leur consommation d’énergie. Il n’est pas possible de continuer à consommer au même rythme un produit devenu plus rare. Le mécanisme de prix, ici la hausse, permet aux consommateurs de prendre conscience de cette situation de rareté et de faire des arbitrages.

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Le gouvernement n’est pas responsable de cette crise qui est due à un chox externe géopolitique. En revanche il est de son devoir de protéger les secteurs les plus affectés par la crise et d’éviter des faillites imméritées et dont le coût social excéderait l’aide fournie. Pour l’instant la vertu gouvernementale n’est pas encore récompensée sur les marchés financiers. Nos taux d’emprunt augmentent comme ceux des pays dépensiers, et le CDS à 5 ans, mesure du risque pays, bien que faible, augmente aussi depuis quelques jours. Il est à craindre que pour les marchés, ce ne soit qu’une question de temps avant que le gouvernement cède aux pressions populistes.

Il faudra une persistance dans ce bon sens budgétaire pour persuader les marchés de la volonté française de sérieux budgétaire. Dans ce contexte de hausse générale des taux d’intérêt, ne pas aggraver notre déficit de 5,1% et ne pas aggraver notre endettement par des politiques irréfléchies de soutient de la demande est à la fois sage et courageux. Donner un certain soutien aux entreprises mises en danger est en revanche un choix difficile car le gouvernement n’a aucune marge budgétaire. Les routiers, les agriculteurs et les pécheurs auront un soutien qui a le mérite d’exister mais qui ne compensera qu’en partie leur pertes.

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