Guerre en Iran : les différents scénarios d’une intervention terrestre américaine

Alors que le président américain Donald Trump oscille entre des déclarations suggérant une fin proche du conflit en Iran et des menaces d’intensification, le Pentagone se prépare à la possibilité d’opérations terrestres pouvant durer plusieurs semaines, a révélé le Washington Post ce dimanche 29 mars. Des discussions au sein de l’administration ont notamment porté sur une éventuelle prise de contrôle de l’île de Kharg, un point stratégique pour les exportations pétrolières iraniennes dans le golfe Persique (90 % du brut du pays y transite). D’autres options incluent des raids sur des zones côtières proches du détroit d’Ormuz, comme celle de Larak, dont l’Iran se sert pour surveiller et contrôler le trafic maritime. L’objectif pour les Etats-Unis serait ainsi d’identifier et de détruire les capacités de défense de leur adversaire – missiles, drones – menaçant la navigation commerciale et militaire.

Une telle mission, toutefois, comporterait des risques considérables, a souligné auprès du quotidien américain Michael Eisenstadt, directeur du programme d’études militaires et de sécurité au Washington Institute for Near East Policy. Selon lui, il serait bien plus prudent de miner l’île de Kharg et de l’utiliser comme moyen de pression pour contraindre l’Iran à sécuriser le bras de mer. “Je ne voudrais tout simplement pas me trouver dans cet espace restreint, face à la capacité de l’Iran de déployer des drones et peut-être même de l’artillerie”, a-t-il précisé.

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“Peut-être que nous prendrons l’île de Kharg, peut-être que non. Nous avons beaucoup d’options (…) Je ne pense pas qu’ils aient la moindre défense. Nous pourrions la prendre très facilement”, n’en a pas moins assuré Donald Trump dans une interview publiée dimanche soir par le Financial Times.

Sauf qu’assurer la protection des forces américaines une fois sur place est un autre défi. “Il faut être capable de protéger les troupes sur l’île de Kharg. C’est là toute la difficulté. S’en emparer n’est pas le plus compliqué ; les protéger ensuite, si”, a souligné un ancien haut responsable du ministère de la Défense américain, évoquant dans le même journal plusieurs “simulations de guerre” qui ont été menées par les Etats-Unis.

Un déploiement de soldats

D’après Axios et le Wall Street Journal, l’administration américaine envisage également de déployer 10 000 soldats supplémentaires au Moyen-Orient, en renfort des effectifs déjà présents dans la région, pour porter le “coup final” à l’Iran. Problème là encore : l’idée d’envoyer des troupes de combat américaines dans la République islamique suscite une nette hostilité au sein de l’opinion publique américaine, du fait du précédent en Irak. Une enquête réalisée conjointement par l’Associated Press et le National Opinion Research Center de l’Université de Chicago indique que 62 % des personnes interrogées y sont fermement opposées, tandis que seulement 12 % y sont favorables. En revanche, les avis apparaissent plus nuancés concernant d’éventuelles frappes aériennes contre des cibles militaires iraniennes : 39 % des sondés s’y déclarent opposés, contre 33 % qui y sont favorables.

Pour Donald Trump, une opération militaire terrestre pourrait aussi permettre de récupérer l’uranium que possède l’Iran, et ainsi empêcher Téhéran de fabriquer une arme nucléaire. Avant les frappes aériennes menées par Israël et les États-Unis en juin dernier, le pays était supposé posséder plus de 400 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %, ainsi qu’environ 200 kilogrammes de matière fissile enrichie à 20 %, aisément convertible en uranium de qualité militaire à 90 %.

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Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi, estime que cet uranium se trouve principalement sur deux des trois sites visés en juin : un tunnel souterrain du complexe nucléaire d’Ispahan et des réserves situées à Natanz. D’après des experts, l’Iran dispose non seulement de centrifugeuses pour enrichir l’uranium, mais aussi de la capacité de mettre en place un nouveau site d’enrichissement souterrain. En privé, le président et certains de ses alliés jugent qu’une opération ciblée permettrait de s’emparer de ce matériau sans allonger significativement la durée du conflit, tout en laissant la possibilité aux États-Unis d’y mettre fin d’ici la mi-avril, selon une source proche des discussions citée par le Wall Street Journal.

Des réactions contrastées

Si les démocrates sont presque unanimement opposés à la guerre en Iran, les républicains proches de Donald Trump au Congrès sont divisés sur l’éventualité d’opérations terrestres. Interrogé dimanche sur NBC dans l’émission “Meet the Press” au sujet d’un éventuel déploiement de troupes au sol, le sénateur de l’Oklahoma James Lankford n’a pas donné de réponse tranchée, mais s’est montré plus favorable à l’envoi de forces spéciales. “Tout dépend du type de troupes déployées. S’il s’agit de forces spéciales pour mener une opération ciblée — entrer, agir, sortir — c’est très différent d’une occupation de longue durée”, a-t-il indiqué.

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Au contraire, le représentant du Wisconsin Derrick Van Orden, fervent soutien du président et ancien Navy SEAL, a affirmé jeudi être “totalement opposé depuis le début” à l’envoi de troupes en Iran. De son côté, la Maison-Blanche temporise : “Il incombe au Pentagone de se préparer afin d’offrir au commandant en chef un maximum d’options. Cela ne signifie pas que le président a pris une décision”, a précisé, mardi, la porte-parole Karoline Leavitt.

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