“La soumission de l’Europe a un coût !” : le cri de colère du spécialiste de l’énergie Guillaume Niarfeix

Expert de l’énergie et président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-nigériane, Guillaume Niarfeix ne cache pas son exaspération. Le jour même de la sortie de son livre Electrochoc (Ed. Le Cherche midi) qui dénonce le manque de souveraineté de l’Europe en matière énergétique, le Parlement européen ploie devant les Etats-Unis en avalisant – moyennant l’instauration de garde-fous – l’accord commercial signé quelques mois plutôt entre Donald Trump et Ursula von der Leyen. L’occasion de se dégager de ce mauvais pas existait pourtant : l’Europe aurait pu jouer la carte de l’invalidation par la Cour suprême américaine des droits de douane décidés par Trump. Au lieu de cela, elle se laisse dominer.

L’Express : Votre livre insiste sur la nécessité de bâtir une Europe souveraine sur le plan énergétique. Que pensez-vous de ce vote au Parlement européen qui valide l’accord commercial conclu l’été dernier avec les Etats-Unis, et qui comporte notamment de grosses importations de GNL américain ?

G.N. C’est agaçant. Les Etats-Unis appliquent à la lettre leur stratégie de domination par l’énergie. Et nous Européens, nous nous laissons faire. A l’échelle de l’Union, cette soumission a un coût. Une année de dépendance aux énergies fossiles représente 390 milliards d’euros. Cela équivaut à 2,5 % du PIB – plus de deux fois le budget annuel de l’Union -, ou encore 870 euros par habitant. C’est énorme. Si nous réorientions cet ordre de grandeur vers notre propre système énergétique, nous pourrions par exemple financer plusieurs centaines de réacteurs nucléaires modulaires (SMR) de 300 mégawatts (MW) répartis sur le continent. Une base électrique stable, capable d’assurer des décennies de production.

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Si nous n’avions pas perdu de temps, nous disposerions aujourd’hui de réacteurs nucléaires de sixième génération capables de consommer les déchets des installations précédentes, éliminant ainsi un point bloquant régulièrement mis en avant par les opposants à l’atome. Avec 390 milliards par an, nous aurions pu développer les énergies renouvelables (EnR), et le stockage d’électricité qui va avec, tout en modernisant du réseau. Au lieu de cela, nous entretenons notre dépendance. Nous privilégions les solutions de court terme sans planifier l’avenir.

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