Anthropic remporte un premier bras de fer contre le Pentagone et Trump: sa mise au ban suspendue par une juge californienne

Anthropic a remporté une première bataille judiciare contre l’administration Trump ce jeudi. Une juge fédérale de Californie a jugé que la mesure qui interdisait l’utilisation de Claude à ses fonctionnaires car l’entreprise a émis des réserves sur le gouvernement était une violation de la liberté d’expression.

La liberté d’expression, si chère à Donald Trump, semble ne pas avoir été respectée par le président américain. C’est en tout cas ce qu’a estimé Rita Lin, juge fédérale de Californie, qui a suspendu les sanctions imposées par Washington à l’encontre d’Anthropic.

Le créateur de Claude avait exprimé des réserves sur l’usage de sa technologie par le Pentagone, ce qui avait eu pour conséquence de pousser l’administration à interdire l’utilisation des ses produits pour les fonctionnaires. Toutes les mesures contre lui sont gelées par urgence pour sept jours, pour laisser au gouvernement le temps de faire appel. L’examen de l’affaire sur le long terme aura lieu plus tard dans l’année.

La rupture entre le Pentagone et Anthropic avait été actée au terme d’un bras de fer qui avait conduit l’entreprise de San Francisco à publiquement refuser que Claude soit utilisé pour la surveillance de masse des citoyens américains ou pour opérer des armes autonomes.

Un processus probablement illégal

Avec cette décision, Anthropic perd aussi son étiquette de “risque pour la chaîne d’approvisionnement” que lui avait apposé le ministre de la Déense Pete Hegseth. Cette appellation est habituellement réservée aux entreprises ou aux agences étrangères de pays rivaux.

Les deux décisions de l’administration Trump, qui avaient suscité une large vague de soutien du secteur de la tech envers Anthropic, sont suspendues sept jours pour permettre au gouvernement de faire à son tour appel via une procédure d’urgence, avant l’examen de l’affaire au fond à plus long terme.

“Si cette procédure judiciaire était nécessaire pour protéger Anthropic, nos clients et nos partenaires, notre priorité reste de travailler de manière productive avec le gouvernement pour que tous les Américains bénéficient d’une IA sûre et fiable”, a déclaré un porte-parole d’Anthropic.

Le 27 février, Donald Trump avait qualifié la société d’”entreprise radicale de gauche woke” sur son réseau Truth Social, tandis que Pete Hegseth dénonçait sur X sa “rhétorique sanctimonieuse” et son “idéologie de la Silicon Valley”. La juge estime que les documents internes du Pentagone montrent qu’Anthropic a été désignée comme “risque” en raison de son “attitude hostile dans la presse”.

Comme elle l’avait laissé entendre à l’audience mardi à San Francisco, la juge a estimé que ces sanctions “semblent conçues pour punir Anthropic” et constituaient probablement des représailles inconstitutionnelles, justifiant leur suspension en urgence. Dans sa décision, la magistrate juge par ailleurs que cette désignation, prévue par le Congrès américain pour parer à des actes de sabotage clandestins chez les fournisseurs étrangers de l’armée, a probablement été prise hors du processus légal.

En l’état, les modèles d’IA d’Anthropic sont les seuls autorisés dans le cadre du traitement d’informations classifiées par le Pentagone et ils ont vraisemblablement été utilisés dans les frappes contre l’Iran ou l’enlèvement du président du Venezuela.

Au milieu du scandale, OpenAI, le grand rival d’Anthropic, avait annoncé avoir signé un contrat avec le Pentagone, assurant avoir obtenu des garanties sur ces deux points. Le contrat n’est pas encore opérationnel entre les deux entités.

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