C’est notamment parce qu’il est moins taxé à la base qu’il flambe plus: pourquoi le gazole s’est envolé de 30% en moins d’un mois (deux fois plus que l’essence)

Si tous les carburants voient leur prix augmenter depuis le début des tensions au Moyen-Orient, une fracture inédite se creuse: le gazole s’envole deux fois plus vite que le sans-plomb. Entre goulots d’étranglement techniques et “pièges” fiscaux, pourquoi ce “choc pétrolier” à deux vitesses?

Choc pétrolier ou pas? Si le ministre de l’Economie et des Finances, Roland Lescure, a employé ce terme ce mardi 25 mars, avant de rétropédaler le lendemain, une chose est sûre, les prix s’envolent à la pompe depuis fin février et le début des tensions au Moyen-Orient.

Une envolée à deux vitesses

Alors que le gazole s’affichait en moyenne à 1,709 euro le lire le 27 février dernier, veille des premières frappes israélo-américaine en Iran, le carburant le plus consommé en France s’affichait à 2,212 euro ce mercredi, soit une explosion de plus de 50 centimes et près de 30% en moins d’un mois.

De son côté, l’essence SP95-E10 limite un peu la casse avec une hausse de “seulement” 16%, passant de 1,713 euro à environ 1,989 euro le litre (+0,276 euro). Au milieu de ce séisme, le Superéthanol-E85 fait figure d’exception: il ne progresse que de quelques centimes (+5,6%), confirmant son statut de seul carburant à résister à la flambée des prix à la pompe.

Pourquoi le gazole augmente-t-il autant?

Deux explications principales à cette hausse plus importante du gazole. Tout d’abord, le raffinage: la France ne produit pas assez de diesel et doit importer massivement le produit fini. Or, les tensions maritimes actuelles font exploser les coûts d’acheminement.

“L’essence suit la hausse logique du baril. Par contre, le gazole s’est enflammé parce qu’en Europe on est en sous-capacité de production alors qu’on est autosuffisant en sans-plomb”, expliquait récemment sur BFMTV, Francis Pousse, président de la branche stations-service chez Mobilians.

“On importe de l’ordre de 30 à 40% de gazole raffiné, en partie d’Inde et dans une moindre mesure du détroit d’Ormuz. Par contre des pays comme la Chine s’approvisionnait essentiellement via les pays du Golfe et donc ce détroit d’Ormuz sauf que ce robinet aujourd’hui est tari et on se retrouve donc avec une demande internationale importante qui fait monter les cours du produit fini, le gazole, à Rotterdam”, ajoutait-il.

Deuxième raison, le “piège” fiscal. L’essence est protégée par une fiscalité plus lourde mais fixe (l’accise, ex-TICPE), qui agit comme un amortisseur de prix. Le gazole, moins taxé à la base, subit de plein fouet chaque hausse du baril: il encaisse le choc sans ce filtre, là où l’essence parvient en quelques sortes à le diluer.

Cette situation fragilise aussi les gérants de stations. Avec une marge fixe d’environ 1 à 2 centimes par litre, l’explosion des prix des carburants totem n’augmente pas leurs revenus mais fait fondre leur trésorerie et la fréquentation de leurs établissements.

Un choc plus brutal qu’en 2022?

La rapidité de cette hausse renvoie aux crises énergétiques précédentes. En 2008, lors du record historique du baril à 147 dollars, contre environ 115 dollars aujourd’hui, la hausse à la pompe avait été progressive.

Plus récemment, lors de l’invasion de l’Ukraine en mars 2022, le gazole avait bondi d’environ 40 centimes en deux semaines. Et par la suite, comme actuellement, le prix du diesel avait déjà détrôné l’essence pendant plus d’un an, à l’époque plutôt en raison de la dépendance de l’Europe au raffineries de gazole russes.

Mais la poussée actuelle (+50 centimes en 26 jours) est encore plus impressionnante. On assiste à un phénomène de “rattrapage” spéculatif ultra-rapide que même le choc de 1979 n’avait pas connu avec une telle intensité journalière.

Plafond Totalénergies vs grande distribution: où faire son plein?
Face à cette envolée, deux stratégies s’opposent pour les automobilistes. Chez Totalénergies, le bouclier est à géométrie variable: si l’essence reste plafonnée à 1,99 euro le litre, le groupe a dû relever son plafond pour le gazole à 2,09 euros face à la flambée des cours. Seuls les abonnés à l’offre “Avantage Carburant” (clients gaz/électricité) conservent un blocage général à 1,99 euro.
De l’autre côté, les enseignes de la grande distribution (Leclerc, Carrefour, Système U) tentent de jouer la carte du “prix coûtant”. Si elles parviennent encore à maintenir le sans-plomb sous la barre des 2 euros, le gazole y dépasse désormais souvent les 2,10 euros. Contrairement à Total, ces stations ne garantissent aucun plafond: elles répercutent la hausse au jour le jour, faisant de l’enseigne pétrolière un refuge paradoxalement plus stable pour les gros rouleurs en période de pic extrême.

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