Pour la première fois Moscou a du vendre de l’or: alors que son offensive de printemps est un carnage, la Russie cherche des moyens pour financer sa guerre (et le regain du pétrole n’y suffit pas)

Plus de 6.000 soldats russes blessés ou tués en 4 jours. L’offensive russe de Printemps a bel et bien commencé. Des centaines d’attaques du 17 au 20 mars, avec un bilan humain lourd, et une défense ukrainienne qui semble tenir, malgré des assauts d’une rare intensité. Ce mardi l’Ukraine a connu l’une de pires attaques de drones russes en plein jour. Un conflit qui dure depuis plus de 4 ans, et dont l’effort de guerre a considérablement deterioré l’économie russe.

Entre le 17 et le 20 mars, les forces russes ont lancé 619 attaques, selon l’Institute for the Study of War.

Une intensification brutale des combats qui marque le début de l’offensive de printemps. Mais derrière cette montée en puissance, le coût est colossal: 6.090 morts et blessés en quatre jours, soit plus de 1.500 pertes par jour, selon le chef d’état-major ukrainien Oleksander Syrski.

Pour avancer, Moscou a profité d’une météo dégradée (brouillard, faible visibilité) afin de réduire l’efficacité des drones ukrainiens. Une opportunité tactique… au prix d’assauts extrêmement meurtriers. Pour les stratèges ukrainiens, ce rythme est tout simplement insoutenable: la Russie peine déjà à recruter, et un tel niveau de pertes fragilise sa capacité à tenir dans la durée.

L’Institute for the Study of War le dit clairement: Moscou peut encore grignoter du terrain, mais au prix d’une stratégie d’usure qui pourrait finir par se retourner contre elle.

Le jackpot énergétique russe masque une économie en trompe l’oeil

Sur le plan économique, la guerre au Moyen-Orient offre à Vladimir Poutine une bouffée d’oxygène: la hausse des prix du pétrole, combinée à un allègement temporaire des sanctions américaines, lui rapporte entre 150 et 200 millions de dollars supplémentaires par jour, soit plusieurs milliards sur le début de l’année 2026. Mais derrière ce coup de pouce financier, on observe une économie russe en trompe l’oeil. Poutine lui-même reconnaît que le PIB russe a reculé de 2,1% sur un an en janvier par rapport à l’année dernière, avec une inflation autour de 6% et un chômage artificiellement bas à 2,2% qui traduit une pénurie de main-d’œuvre liée à la guerre.

Selon le média russe d’oppositon meduza, pour la première fois depuis 2015, la Russie a dû puiser dans ses réserves d’or.

Les réserves d’or, exprimées en onces, sont en baisse pour le deuxième mois consécutif, rapporte l’agence TASS. Au 1er janvier 2026, elles s’élevaient à 74,8 millions d’onces troy. Le 1er février, elles avaient diminué de 300.000 onces troy et le 1er mars, de 200.000 onces troy supplémentaires.

Et l’ironie est cruelle: la même crise au Moyen-Orient qui gonfle les recettes pétrolières fait pression sur les prix de l’or, réduisant la valeur de ce dernier matelas financier. Derrière l’image d’une économie qui résiste, le Kremlin gère en réalité une équation de plus en plus instable: des revenus en hausse… mais des coûts de guerre qui les dépassent.

L’Ukraine face au risque de désengagement sécuritaire américain

La question de la garantie sécuritaire américaine sur le front ukrainien est dans tous les esprits. Donald Trump concentrait déjà de plus en plus ses forces loin de l’Europe, en indo-pacifique. Et désormais, il se focalise sur le détroit d’Ormuz, où la situation ne se déroule pas comme prévu. Un conflit iranien qui coûte cher, qui mobilise des hommes et du matériel. Son ministre de la Défense, Pete Hegseth, réclame déjà une rallonge massive: 200 milliards de dollars supplémentaires. Le signal est clair : les priorités américaines sont en train de bouger.

Et le calendrier électoral américain risque de décevoir encore plus les attentes en Ukraine. À l’approche des midterms, le soutien à Kiev devient un sujet de fracture.

Déjà en février 2024, le sénateur républicain du Missouri Josh Hawley ne cachait pas sa colère contre les milliards dépensés en Ukraine:

Les responsables s’adressent aux habitants du Kentucky, du Tennessee, de l’Alaska, du Nouveau-Mexique, de l’Arizona, de l’Utah, du Texas… Et ils leur disent : peu importe que vous ayez été empoisonnés. Nous n’avons pas un centime pour vous. En revanche, pour l’Ukraine, l’argent est illimité. Nous allons reconstruire les frontières de l’Ukraine… Mais pour vous, il n’y a rien.

Ce discours gagne du terrain, et installe l’idée que la priorité américaine n’est plus en Europe. Cette idée est même devenue une doctrine.

Le désengagement sécuritaire américain sur le continent est désormais assumé dans la revue stratégique de Défense publiée en janvier dernier par le Pentagone. Autrement dit: derrière l’Ukraine, c’est toute l’architecture de sécurité européenne qui est amené à se remodeler.

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