Illustration du changement de perception du rôle des entreprises dans la société actuelle à la suite des récentes crises, les sociétés à mission poursuivent leur montée en puissance dans le tissu économique français. En jeu, les questions sociales, environnementales, les modes de production et de distribution qui se veulent plus responsables.
Ce statut, né avec la loi Pacte de 2019, s’applique à une entreprise qui souhaite œuvrer pour le bien commun en mettant au cœur de son modèle la résolution des défis sociaux et environnementaux. Pour devenir une société à mission, une entreprise doit se doter d’une raison d’être (définissant la finalité de l’entreprise, son utilité pour la société civile) qui lui est propre, d’objectifs sociaux et environnementaux vérifiables et vérifiés, d’une gouvernance dédiée au suivi exclusif de l’exécution de la mission et qui la fait vivre dans le temps. Ces trois éléments doivent être inscrits dans les statuts et une entreprise peut perdre cette qualité si elle ne respecte pas ses engagements légaux. C’est un projet collectif, catalyseur de transformation qui se démarque de la simple RSE (responsabilité sociétale des entreprises) limitée à des bonnes pratiques internes.
Raison d’être, engagements vérifiables et vérifiés
Depuis 2019, Back Market, Doctolib, Danone, La belle-iloise, Harmonie Mutuelle, MAIF, Enedis, EM Lyon, La Poste… sont devenues des entreprises à mission.
Alors qu’elles étaient 88 en 2020 et 1.961 en 2024, on en comptait l’an passé 2.596, selon le neuvième baromètre de l’Observatoire des sociétés à mission réalisé par la Communauté des entreprises à mission (dont 2.411 “actives”), soit 1,1 million de salariés concernés. Parmi les arrivées, on peut citer La Vie Claire, OpinionWay ou encore IDEX. Le rapport met en avant “une croissance moyenne d’environ 500 nouvelles sociétés à mission par an depuis 4 ans” mais surtout un ancrage plus diversifié en termes de secteurs d’activité avec (en proportion de salariés) la production d’énergie (21%), les transports (19%), la santé et le social (16%), l’immobilier (13%)…
“En 2025, beaucoup ont parlé de recul. Recul de l’ambition environnementale. Recul des priorités sociales. Recul des politiques publiques. Ce que montre ce baromètre, c’est que loin de se replier, le modèle des sociétés à mission continue de se diffuser”, peut-on lire. “La dynamique d’adoption se poursuit au même rythme que les années précédentes et concerne toujours une grande diversité d’entreprises”.
83% d’entre elles sont des PME, 12% des ETI et 5% des grandes entreprises. D’ailleurs, 15% des grands groupes ont au moins une entité à mission (maison-mère ou filiale).
Des entreprises plus résistantes et attractives?
Il semble également que ces entreprises soient plus résistantes que les autres. Ainsi, d’après les données de l’INSEE, 31% des entreprises créées en 2018 n’existaient plus en 2023. Mais concernant les entreprises créées en 2018 et qui sont devenues société à mission, cette proportion n’est que de 5%. Pourtant, ces entreprises doivent parfois faire des renoncements compte tenu de ce statut. En 2024, “55% ont été amenées à faire des renoncements” sur “certains produits ou services” ou pour travailler avec “certains clients ou fournisseurs”.
Dans leurs recrutements, elles sont également plus attractives et retiennent mieux leurs ressources même dans des secteurs difficiles. “Le statut d’entreprise à mission montre que nous avons une vision, que nous prenons soin de nos équipes et que nous nous engageons sur des objectifs précis et vérifiés. Cela contribue à attirer des talents, mais surtout à les faire grandir et rester”, souligne Vincent Le Roux, directeur général du restaurant Paul Bocuse.
Même si l’impact réel de ce statut sur le plan environnemental et économique est encore difficile à mesurer, l’idée séduit. Un projet de société à mission européenne a été lancé par divers acteurs académiques et économiques. “Ce qui nous intéresse, c’est de voir à quel point les modèles alternatifs d’entreprise, en particulier la société à mission, peuvent avoir un potentiel de transformation”, explique à Carenews, Stéphane Vernac, professeur à l’université de Picardie et chercheur associé aux Mines de Paris.
