Une menace de plus pour le gaz européen: Trump menace de couper l’accès “privilégié” de l’UE à son GNL si elle ne ratifie pas l’accord commercial sur les droits de douane

Le Parlement européen doit se prononcer jeudi 26 mars sur la ratification de l’accord de Trunberry, relatifs aux droits de douane avec les États-Unis, conclu dans la douleur l’été dernier.

En voilà un ultimatum. Selon les informations du Financial Times, l’Union européenne (UE) doit mettre en oeuvre son accord commercial avec les États-Unis, qui fixe 15% de droits de douane sur la plupart des produits européens exportés outre-Atlantique, sans y apporter de modifications, sous peine de perdre son accès “privilégié” aux livraisons de gaz naturel liquéfié, a averti le président Donald Trump.

Selon les déclarations de l’ambassadeur américain auprès de l’UE, Andrew Puzder, au Financial Times, le volet énergétique de l’accord, signé au complexe de golf de Trump à Turnberry en Écosse, pourrait être menacé si l’UE essaie de modifier l’une des autres clauses.

“Je ne sais pas ce qu’il adviendra du secteur de l’énergie s’ils ne donnent pas suite à l’accord, a déclaré Andrew Puzder. Si Turnberry n’est pas mis en œuvre, je veux dire, nous reviendrons à la case départ. Je ne sais pas trop où cela nous mènera”.

“Je pense que les États-Unis continueront à vouloir faire des affaires avec l’Europe, mais les conditions ne seront peut-être pas aussi favorables. Le contexte ne sera certainement pas aussi favorable. Et… il y a d’autres acheteurs sur le marché”, a-t-il ajouté.

Gare à la concurrence mondiale qui s’intensifie

En effet, toute modification du volet énergétique de l’accord commercial entre l’UE et les États-Unis interviendrait à un moment où la concurrence mondiale pour les cargaisons de GNL provenant de fournisseurs hors des pays du Golfe s’intensifie. Et pour cause, le Qatar, qui produit un cinquième du GNL mondial, a dû interrompre ses exportations après le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran depuis plus de trois semaines.

Bien que seulement environ 10% du GNL qui transitait par le détroit d’Ormuz avant la guerre soit acheminé vers l’Europe, le continent est vulnérable à la concurrence mondiale pour l’approvisionnement en raison de sa dépendance aux importations de gaz. Certains États membres de l’UE, comme l’Italie, s’approvisionnaient jusqu’à un tiers de leur GNL au Qatar.

Et les États-Unis sont devenus le principal fournisseur de GNL de l’Europe. Alors qu’ils ne représentaient qu’environ 5% des importations européennes de GNL en 2021, leur part atteint aujourd’hui près de 60%. Cette hausse spectaculaire s’explique par la volonté des pays européens de réduire leur dépendance au gaz russe. Toutefois, si l’on considère l’ensemble des approvisionnements en gaz (et pas seulement le GNL), la part américaine reste plus modérée, autour de 25 à 30%.

“Personnellement… je pensais que les Européens auraient dû s’engager à acheter pour 1.000 milliard de dollars d’énergie, car il ne s’agissait pas seulement d’une promesse de leur part d’acheter cette énergie, mais d’un engagement de notre part de leur vendre cette énergie”, a estimé Andrew Puzder auprès du Financial Times.

Or, l’accord conclu le 27 juillet à Turnberry prévoit que l’UE achète pour 750 milliards de dollars d’énergie américaine d’ici 2028, notamment du GNL, du pétrole et des technologies nucléaires civiles.

Le monde qui bouge – L’Interview : Détroit d’Ormuz, l’Iran menace de tout fermer – 23/03

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“S’ils [les États membres de l’UE] veulent survivre économiquement, ils ont besoin d’énergie, et nous pouvons la leur fournir. Nous aimerions avoir le genre de relation qui nous encourage à le faire”, a-t-il insisté.

L’ambassadeur américain auprès de l’UE a qui plus est souligné qu’une réglementation imposant aux exportateurs vers l’Union européenne de déclarer leurs émissions de méthane avant le 1er janvier devrait être modifiée, car il serait impossible pour la plupart des producteurs américains de s’y conformer.

Feu vert en commission

Il n’empêche, côté européen, la ratification de l’accord a pris du retard pour plusieurs raisons. En premier lieu les menaces de Donald Trump d’envahir le Groenland, mais aussi sa défaite judiciaire après que la Cour suprême a invalidé la plupart des droits de douane imposés par le président américain depuis son retour au pouvoir début 2025.

Ainsi, les européens n’ont donné leur feu vert à cet accord commercial en commission que le 19 mars alors que les eurodéputés auraient dû le voter en février.

La commission a cependant demandé des éclaircissements sur les conséquences de la décision de la Cour suprême sur l’accord, et entendent conditionner la suppression des droits de douane de l’UE au respect des engagements américains. Ils ont d’une certaine manière introduit une clause de sauvegarde pour s’assurer que la taxation de la plupart des produits européens aux États-Unis ne dépassera pas 15%, comme Washington s’y est engagé l’an dernier. Et ce alors que la Maison blanche a ouvert la semaine dernière une série d’enquêtes commerciales, visant notamment l’UE, qui pourraient conduire à la mise en place de nouveaux droits de douane.

Le texte doit désormais passer le cap de la séance plénière, programmée au Parlement européen jeudi 26 mars.

Pour aller plus loin: “Même en 2022 ce n’était pas aussi brutal”: la fermeture du détroit d’Ormuz provoque un choc majeur dans la pétrochimie mondiale (et ça concerne 95% de nos produits du quotidien)

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