La pression monte sur le gouvernement. Les huit principales organisations syndicales ont demandé dimanche au Premier ministre Sébastien Lecornu de ne pas convoquer de commission mixte paritaire (CMP) sur la proposition de loi visant à élargir le travail le 1er mai, dénonçant une tentative de passage en force.
Dans un courrier commun, transmis à l’AFP, les dirigeants de la CFDT, de la CGT, de FO, de la CFE-CGC, de la CFTC, de l’Unsa, de la FSU et de Solidaires appellent l’exécutif à « respecter la démocratie sociale et la démocratie politique ».
« Monsieur le Premier ministre, on ne réforme pas ainsi brutalement un texte d’histoire sociale et de conquêtes collectives », écrivent-ils, demandant explicitement de renoncer à la convocation de cette CMP, qui permettrait une adoption rapide du texte.
Une stratégie parlementaire contestée
À l’origine de la crispation : l’adoption vendredi à l’Assemblée nationale d’une motion de rejet, une manœuvre destinée à accélérer le processus législatif pour une application dès le 1er mai 2026. Le texte, déjà validé au Sénat, vise à élargir les dérogations au travail ce jour-là.
Cette stratégie a été vivement critiquée par les syndicats. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a dénoncé « un coup de poignard », appelant le gouvernement à « respecter la démocratie sociale ».
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La numéro un de la CFDT, Marylise Léon, a elle aussi fustigé un « signal catastrophique ». Sur France Inter, elle a jugé le vote « irrespectueux », notamment pour « celles et ceux qui ont été au rendez-vous au moment du Covid », et à qui l’on demanderait désormais de travailler ce jour symbolique.
Elle met également en doute la réalité du volontariat avancé par les défenseurs du texte : « On nous rétorque toujours que ce serait sur la base du volontariat, mais dans une entreprise, on sait que cela ne fonctionne pas ainsi. »
De son côté, Force ouvrière « s’oppose à toute remise en cause du 1er mai », qualifié de « journée historique et symbolique pour le mouvement syndical et les travailleurs ».
Le gouvernement tente de temporiser
Face à la contestation, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a cherché à apaiser les tensions, tout en maintenant le cap.
« Je comprends la position exprimée par les organisations syndicales pour préserver ce symbole auquel je suis, moi aussi, attaché », a-t-il déclaré, assurant avoir « entendu des inquiétudes » sur les secteurs concernés.
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Il promet notamment d’exclure les supermarchés et hypermarchés du dispositif, et insiste : « Ce texte ne signifie en aucun cas la fin du 1er-Mai dans notre pays ».
La proposition de loi prévoit que pourront occuper des salariés le 1er mai « les établissements assurant, à titre principal, la fabrication ou la préparation de produits alimentaires destinés à la consommation immédiate » ainsi que « les autres établissements dont l’activité exclusive est la vente de produits alimentaires au détail », comme les primeurs ou les boucheries.
Sont également concernés les établissements exerçant, à titre principal, « une activité de vente de fleurs naturelles » ou bien « une activité culturelle », comme les théâtres ou les cinémas.
Le contenu précis du décret d’application doit encore faire l’objet de discussions avec les partenaires sociaux. Une réunion est prévue lundi soir entre le ministre et les syndicats.

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